Je bouquine

« La vie devant soi » de Romain Gary

couv2975300« Histoire d’amour d’un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que « ça ne pardonne pas » et parce qu’il n’est « pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur ». Le petit garçon l’aidera à se cacher dans son « trou juif », elle n’ira pas mourir à l’hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré « des peuples à disposer d’eux-mêmes » qui n’est pas respecté par l’Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu’à ce qu’elle meure et même au-delà de la mort. »

J’écris cet avis à chaud encore la larme à l’œil, le cœur renversé et débordant d’amour pour ce roman qui est une tuerie intersidérale (et je pèse mes mots…).

C’est ma première lecture du grand Romain Gary que je tardais à découvrir je ne sais pas trop pourquoi, par peur d’être déçue peut être au vu de la réputation du bonhomme… Bref, la dite réputation n’est pas volée… ce mec manie le langage et la sémantique d’une si belle manière, c’est un vrai régal !!! Et que dire des mots prêtés au jeune Momo (héros et narrateur du roman élevé depuis ses 3 ans par Madame Rosa, ancienne prostituée). Ce personnage est tellement attachant : sa sensibilité exacerbée, sa maturité, son histoire, son cheminement, son amour et sa fidélité indéfectible pour sa Madame Rosa qu’il aime « même quand elle ne respire plus ».

Le résumé ci-dessus est assez réducteur et pas du tout révélateur de la richesse, de l’humour, de la vie débordante qu’on trouve dans ce roman. On ne tombe jamais dans le misérabilisme ou le pathos. La maladie, la mort, la prostitution, l’abandon sont abordés avec beaucoup de simplicité, d’humanité et sans jugement. En toile de fond, ce roman soulève toutefois une vraie question de société : pourquoi « enfoncer la vie dans la gorge de ceux qui ne veulent plus s’en servir ». Avec son regard d’enfant plus si jeune, Momo pose un regard critique sur le sens des règles qui régentent la vie.

Bref, j’ai adoré ce roman pour ses personnages, son message, son humour parfois noir, son univers décalé aux personnages bigarrés, marginaux et surtout cet amour fou et merveilleux entre cette vieille juive et ce jeune musulman, entre cette Madame Rosa en kimono et ce petit Momo philosophe. Gros coup de cœur ❤ ❤ ❤

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« Modèle vivant » de Joann Sfar

couv7462923.jpg« C’est l’histoire d’un professeur de dessin qui s’appelle Joann Sfar. La direction des Beaux-Arts le réveille aux aurores afin de régler le problème du harcèlement sexuel à l’école. Rien que ça ?
C’est l’histoire d’une époque qui ne veut plus qu’on la représente. Les modèles se révoltent, vous arrachent les pinceaux des mains et vous disent : je vais le faire moi-même, mon portrait. »

Je ne pouvais pas ne pas parler de ce roman !!! Pour celles et ceux qui ne remettraient pas l’auteur, Joann Sfar c’est le mec qui se cache derrière la série « Le chat du Rabbin », Bd qu’on ne présente plus. Et, pour celles et ceux qui n’auraient jamais lu du Joann Sfar… l’expérience de lecture ne peut laisser indifférent(e). Pour ma part, j’adore cet auteur prolifique à l’univers bouillonnant. Et, j’avoue que ça fait toujours du bien de s’immerger dans l’univers et l’écriture d’une personne encore plus névrosée que soi (aucun jugement péjoratif de ma part !!!). Bref, ce cher Joann nous propose ici un témoignage tout personnel autour d’un thème ô combien d’actualité : le harcèlement (dénoncé et condamné dans ces pages). Il en questionne notamment les dérives dans nos relations sociales et les limites que cette épineuse question induit dans notre représentation de la réalité (des personnes notamment dans le dessin et la littérature) avec les contraintes d’une société de plus en plus judiciarisée et quelque peu ambivalente. Un gros problème pour un auteur comme lui qui écrit et dessine sa réalité et, à travers elle, ouvre une fenêtre sur les personnes présentes dans sa vie. Cela donne à son travail une note d’authenticité et de grande sincérité mais cela lui a aussi valu quelques embêtements. Bref, il y aurait encore beaucoup à dire sur ce roman trèèès trèèèès riche qui vaut vraiiiiment le détour !!! 😉

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« La montagne de la dernière chance » d’André Bucher

couv_livre_2984« Poussé par un besoin viscéral de fuir la ville, Geffray – petite frappe en manque d’estime – se porte à la rencontre de Louis et Pauline, fermiers et parents amputés d’un fils qui les a mis sur la paille. Georges, un entrepreneur en quête de reconversion rachète la ferme où ils vivent et entend bien modeler l’espace à sa guise pour assouvir la démesure de son projet foncier. Gravitant autour d’un canyon qui n’est autre que le poumon de la montagne, tous les personnages courent après leur dernière chance alors que leur avenir fait écho à celui du lieu. André Bucher décrit cet enjeu avec passion dans une langue immersive et poétique. Il y fait se croiser des destins, mêlant leur sort à celui de cet endroit qui les recueille, suspendu entre ciel et terre, dans le dernier acte d’une saison de l’incertitude. »

Le roman commence par une citation : « Bénis soient ceux qui écoutent quand tout un chacun a droit à la parole ». Que ceux qui ne sont pas sensibles à ces mots prennent vraiment le temps de les méditer et de réfléchir à la portée de cette simple phrase. Ça résume bien ce qu’on ressent en découvrant André Bucher dont c’est ma seconde lecture : des romans courts mais riches et d’une grande poésie. Ce mec est assez fascinant : paysan et bucheron de métier, il est un des pionniers de l’agriculture bio en France et… écrivain. C’est aussi un physique : un grand gaillard à la peau tannée par le soleil et aux grandes mains de travailleur qui vit dans sa vallée entouré de nature et de livres, qui écrit une clope roulée à la bouche… Il aurait 40 ans de moins… comment te dire… 🙂 Il parle de la montagne comme seule une personne qui la connait vraiment peut en parler. La nature est à elle seule un personnage à part entière et parmi elle, des parcours de vie, des amours, des ambitions gâchées… Un auteur qui ne plaira pas à tout le monde, dont la lecture peut parfois être exigeante, qui invite à la méditation afin de s’imprégner de cette belle plume… Tiens, me voilà qui deviens un peu poète 😉

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« Longtemps » d’Eric Orsenna

couv52844493« Il était une fois Gabriel, un homme marié et fidèle. Pour fuir les tentations, il se consacrait exclusivement à son métier de paix et de racines : les jardins. Que Dieu soit maudit et tout autant célébré dans les siècles des siècles ! Par jour de grand froid, une passion arrive à notre Gabriel. Elle s’appelle Elisabeth, c’est la plus belle femme du monde. Hélas, deux enfants l’accompagnent et un époux l’attend : commencent le miracle et la douleur de l’adultère durable. Non les frénésies d’une passade, mais trente-cinq ans d’un voyage éperdu à Séville, Gand et Pékin. Voici le portrait de cet animal indomptable et démodé : un sentiment. »

Ayé, j’ai enfin lu un roman d’Eric Orsenna !!! Un mec au cv long comme le bras, académicien primé… c’est également un des auteurs chouchous de François Busnel !!! Orsenna est connu pour être un romancier qui invite au voyage et c’est également le cas dans ce livre. Il nous raconte l’histoire de Gabriel et Elisabeth : trente ans d’amour entre cette femme diplomate mariée (qui ne peut se résoudre à quitter son mari) et ce botaniste totalement voué à cet amour fou. On suit leurs rencontres dans les plus beaux jardins du monde décrits avec beaucoup de style. On sent que l’auteur a bien potassé son sujet et on en apprend beaucoup sur les plantes pour mieux en comprendre la passion qu’elles peuvent susciter. Malgré certains éléments un peu « gros » dans le déroulement de l’histoire et une lecture parfois un peu longue, j’ai beaucoup aimé !!! Petite anecdote à creuser, il y a peut être une part d’autobiographie dans ce roman car le nom de Gabriel est… Orsenna 🙂

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« Re-vive l’empereur » de Romain Puértolas

couv46120900 » Maintenu en parfait état de conservation par les eaux glaciales de la mer du Nord, repêché par un chalutier, puis décongelé, Napoléon Bonaparte revient à la vie au moment des attentats djihadistes de Paris, juste à temps pour sauver le monde… »

Romain Puértolas est l’auteur de « L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa ». Un premier roman complètement délirant et surprenant que j’avais eu la chance de faire dédicacer (ce mec est vraiiiiment sympa !!!). Depuis, j’ai également lu « La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel » roman plus sérieux que je ne peux que recommander. Je le retrouve ici avec beaucoup de plaisir pour une histoire complètement folle avec Napoléon comme héros principal qui part lutter contre les djihadistes (fallait oser). Ce qui est assez jouissif dans cette lecture c’est qu’il est tout à fait impossible de deviner ce qu’il va bien pouvoir se passer. L’auteur ne s’embarrasse pas de détails limitants et n’a que faire du réalisme. On sent qu’il s’est éclaté en écrivant cette histoire et nous transmet son bel enthousiasme. Son style d’écriture est simple et rythmé. Bref, j’ai dévoré et adoré ce roman 🙂

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« Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part » d’Anna Gavalda

couv51977992« Les personnages de ces douze nouvelles sont pleins d’espoirs futiles, ou de désespoir grave. Ils ne cherchent pas à changer le monde. Quoi qu’il leur arrive, ils n’ont rien à prouver. Ils ne sont pas héroïques. Simplement humains. On les croise tous les jours sans leur prêter attention, sans se rendre compte de la charge d’émotion qu’ils transportent et que révèle tout à coup la plume si juste d’Anna Gavalda. En pointant sur eux ce projecteur, elle éclaire par ricochet nos propres existences. »

Je continue dans la série des Anna Gavalda !!! Ils ont toute la collec dans ma biblio donc j’en prends un à chaque fois que je fais « le plein » de livres (ou de ma drogue dure selon certains…). Je pense que toutes les personnes qui lisent beaucoup ont ce genre de fixette où il nous faut lire tous les livres d’un auteur sans exception !!! Ouiiii bon d’accord, je m’adresse surtout aux gros tarés du ciboulot comme moi qui s’enquillent des livres et des livres comme des possédés… (si vous me lisez… ne guérissez jamais de cette fabuleuse maladie 🙂 ). Ce qui est bien avec la Anna Gavalda c’est que ça se lit vite et facilement. Même les sujets plus sérieux sont traités avec une certaine simplicité et légèreté. Bref, ce recueil de nouvelles (sa première publication) est pas mal du tout pour passer un moment de lecture sympa !!!

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« Nuits blanches à Edendale » de Micky le Saux

couv70760209« Un ami me demandait pourquoi les Noirs sud-africains n’avaient pas massacré tous les Blancs quand Mandela avait pris le pouvoir. C’est vrai que les mouvements antiapartheid avaient publié tant d’images de brutalités, de massacres perpétrés par les Blancs, que l’on pouvait se poser la question. Or pendant ces trois années passées à Pietermaritzburg, dans le Natal, dans un hôpital noir, je n’ai jamais senti de haine entre les Noirs et les Blancs. Les jeunes sud-africains blancs que j’ai côtoyés tous les jours ne méritaient pas l’opprobre mondial attaché aux actions de leurs parents. C’est cette vérité que j’ai voulu rétablir. C’est enfin le témoignage sur la vie quotidienne d’une famille française dans le Natal pendant cette période cruciale de la fin de l’apartheid. »

J’ai emprunté ce petit livre à la biblio car… l’auteur vit prêt de chez moi. Et ouiiii, j’aime l’idée de voisiner avec des gens qui ont leur nom imprimé sur du papier glacé (c’est quand même la classe !!!). Cette chère Micky nous raconte en 118 pages les quelques années où elle a vécu avec sa famille dans le Natal à la fin de l’apartheid. Médecin comme son mari, elle nous fait entre autre part de leur quotidien professionnel au sein d’un hôpital : blessés durant les affrontements armés, le manque de moyens, l’insécurité… Elle ne tombe jamais dans le pathos mais relate des faits avec une certaine distance mais non dépourvue de subjectivité. Elle est médecin et non écrivaine ce qui se ressent dans l’écriture. Ce témoignage n’en reste pas moins intéressant pour en apprendre plus sur cette période charnière pour l’Afrique du Sud. J’avoue être complètement larguée sur le sujet… de nouvelles idées de lectures peut-être 😉 .