Je bouquine

« Délivrances » de Toni Morrison

couv23935818.png« Bride est une femme magnifique. La noirceur de sa peau lui confère une beauté hors norme. Pourtant, elle a aussi été un choc à sa naissance pour ses parents. La jeune fille est prête à tout pour gagner l’amour de sa mère, même à commettre l’irréparable. Au fil des années, Bride connaît doutes, succès et atermoiements. Mais une fois délivrée du mensonge – à autrui ou à elle-même – et du fardeau de l’humiliation, elle saura se reconstruire et envisager l’avenir avec sérénité. Dans son onzième roman, qui se déroule à l’époque actuelle, Toni Morrison décrit sans concession des personnages longtemps prisonniers de leurs souvenirs et de leurs traumatismes et signe une œuvre magistrale et puissante. »

Hello hello !!! Ça fait trèèès longtemps mais que voulez-vous je suis un peu le lapin dans Alice qui ne fait que courir après le temps perdu… Qui a décidé qu’une foutue journée ne durait que 24 foutues heures ??? Ce n’est clairement pas assez !!! Bref… petit retour par ici pour parler de cette 1ère lecture de la grande Toni Morrison !!! L’envie de la découvrir était là depuis loooongtemps mais je me suis tentée cette découverte via le club de lecture d’Emy. J’ai toutefois choisi ce titre car celui proposé par Emy n’était pas dispo en biblio… et je voulais éviter un achat qui en aurait entraîné bien d’autres dans cet antre de toutes les tentations qu’est une librairie (#bonne résolution qui risque de ne pas durer).

Pour en revenir au livre, on suit le parcours de Lula Ann, femme à la peau « trop » noire, née dans une Amérique gangrénée par le racisme ordinaire. Une peau qui a scellé son destin, qui dés sa naissance va être une source de rejet, de difficultés… jusqu’à ce qu’elle en fasse son atout et devienne cette beauté noire époustouflante à qui tout réussit. Elle change même de nom pour se faire appeler Bride comme une nouvelle naissance à soi, un nom qu’elle se choisit comme on choisit de faire peau neuve. Mais, on sent vite que cette réussite sociale n’est qu’une vitrine derrière laquelle se cache de réels traumatismes non réglés, passés sous silence… Ce roman est aussi celui d’une rencontre entre Bride et Booker, deux êtres abîmés qui vont essayer de s’apprivoiser, de composer ensemble malgré leurs failles respectives, de se délivrer… ce qui ne va pas aller de soi… Cette histoire est servie par une plume assez unique et un art de la narration juste génialissime !!! Bref, j’ai adoré cette lecture, je recommande +++ 😉

Challenge FeminiBooks Challenge : Juin / Lire un livre sur le féminisme intersectionnel. Livre 2/12

Bookclub de lecture de Emy / Avril

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« 2084 » de Boualem Sansal

couv30334415« L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions. Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion… »

J’écris cet avis quelques temps déjà après ma lecture dont je garde encore un souvenir très vivace notamment de l’ambiance si particulière dans laquelle nous plonge l’histoire. Ce roman est un hommage au magistral et visionnaire « 1984 » de George Orwell auquel Boualem Sansal fait de multiples clins d’œil et références. Il nous embarque dans la société ultra totalitaire de l’Abistan, dictature religieuse sous la soumission totale à Yölah (Dieu absolu) et régie par Abi son délégué (sorte de prophète centralisant tous les pouvoirs). On découvre au fil des pages toute la complexité de cette société à travers le personnage d’Ati, un pauvre bonhomme qui réintègre la société civile après des années passées au sanatorium pour grave maladie. Ati revient guéri de sa longue convalescence et c’est peu dire. Bien qu’il ne s’émancipe jamais totalement de son formatage, il émerge en lui des questionnements et le début d’une forme de liberté de pensée qui, peu à peu, va remettre en question les fondements de ses certitudes aveugles et de son asservissement. Ce cheminement ne se fera pas sans heurt et retranscrit très bien toute la difficulté de sortir des sentiers battus, d’aller à l’encontre de la pensée admise et imposée collectivement.

Malgré quelques longueurs, j’ai adoré cette lecture, la fine plume de l’auteur et bien sûr l’abilang… cette langue inspirée du nom d’Abi est géniale de simplicité tout en ayant une grande force d’évocation. Cette langue toute construite apporte une belle richesse sémantique au texte qui en est d’autant plus immersif. Texte qui dénonce sans jugement et avec beaucoup d’intelligence les dérives de certains régimes jusqu’à l’inconséquence la plus totale tant du système que du collectif et des individus. L’auteur propose ici un véritable pamphlet pour la liberté d’être et de penser. Bref, ce roman est un petit bijou !!!

 

cli7b Livre – 2/12

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« Modèle vivant » de Joann Sfar

couv7462923.jpg« C’est l’histoire d’un professeur de dessin qui s’appelle Joann Sfar. La direction des Beaux-Arts le réveille aux aurores afin de régler le problème du harcèlement sexuel à l’école. Rien que ça ?
C’est l’histoire d’une époque qui ne veut plus qu’on la représente. Les modèles se révoltent, vous arrachent les pinceaux des mains et vous disent : je vais le faire moi-même, mon portrait. »

Je ne pouvais pas ne pas parler de ce roman !!! Pour celles et ceux qui ne remettraient pas l’auteur, Joann Sfar c’est le mec qui se cache derrière la série « Le chat du Rabbin », Bd qu’on ne présente plus. Et, pour celles et ceux qui n’auraient jamais lu du Joann Sfar… l’expérience de lecture ne peut laisser indifférent(e). Pour ma part, j’adore cet auteur prolifique à l’univers bouillonnant. Et, j’avoue que ça fait toujours du bien de s’immerger dans l’univers et l’écriture d’une personne encore plus névrosée que soi (aucun jugement péjoratif de ma part !!!). Bref, ce cher Joann nous propose ici un témoignage tout personnel autour d’un thème ô combien d’actualité : le harcèlement (dénoncé et condamné dans ces pages). Il en questionne notamment les dérives dans nos relations sociales et les limites que cette épineuse question induit dans notre représentation de la réalité (des personnes notamment dans le dessin et la littérature) avec les contraintes d’une société de plus en plus judiciarisée et quelque peu ambivalente. Un gros problème pour un auteur comme lui qui écrit et dessine sa réalité et, à travers elle, ouvre une fenêtre sur les personnes présentes dans sa vie. Cela donne à son travail une note d’authenticité et de grande sincérité mais cela lui a aussi valu quelques embêtements. Bref, il y aurait encore beaucoup à dire sur ce roman trèèès trèèèès riche qui vaut vraiiiiment le détour !!! 😉

Je bouquine

« Journal d’un vampire en pyjama, suivi de Carnet de board » de Mathias Malzieu

couv23971183« Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d’amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n’ai rien eu à inventer. Si ce n’est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur. »

J’adore Dionysos surtout, et en trèèès grande partie, depuis leur album « La Mécanique du cœur » que je connais par cœur (que dire de cette chanson complètement déjantée !!!). Album d’autant plus marquant pour moi car je l’écoutais en boucle dans ma 1ère voiture avant d’emboutir celle-ci dans un énorme poteau (je précise que cet accident avait pour origine une plaque de verglas et non une surdose de gnôle dans le gosier). J’ai récupéré le cd intact mais dû faire mon deuil de ma 4 roues. Je n’ai bizarrement jamais réécouté ce cd en bagnole…

J’ai eu l’ultime joie (et le rouge aux joues) d’avoir pu rencontrer Mathias Malzieu au salon du livre de Paris il y a quelques années. Le mec est accessible, sensible et attentif aux avis de ses lecteurs, ils nous offraient de jolis chocolats colorés de rouge (comme mes joues)… bref un mec vraiment sympa !!! Et quel auteur… j’adore tous ses livres mais celui-ci bat tous les records. J’ai écouté son histoire à lui, lu par lui même et ponctuée de quelques accords de ukulélé de… lui même… et il m’a complètement embarquée. Quel exercice que de décrire une expérience si personnelle de « frôle la mort » avec autant de poésie !!! La réalité de la maladie aura rarement été décrite avec autant de fantaisie onirique. On se délecte de ses jeux de mots, on savoure ses métaphores comme des gourmandises. Bref, le bonhomme a su tirer un texte magnifique et magique de cette expérience douloureuse dont il ne cache rien. Un roman autobiographique dans lequel on en apprend également plus sur la personne (et le grand amoureux) derrière les repettos et le costume trop petit. Ce bouquin donne envie de vivre, de s’attarder sur les petits grands bonheurs, d’être là ici et maintenant. Une belle leçon de courage !!! GROS COUP DE CŒUR !!! ❤ ❤ ❤

Je bouquine

« Entre deux mondes » d’Olivier Norek

couv13380683« Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds. Un assassin va profiter de cette situation. Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger. »

Ce roman ne vous fait pas de cadeau : c’est une grosse claque dans la tronche, un uppercut qui vous met ko… la terrible réalité qui transparaît de cette histoire est glaçante, touchante, bouleversante… La force de ce roman est de nous rappeler que derrière « les migrants » (notion générique totalement déshumanisante dont les médias nous rabattent les oreilles) eh bien il y a des individus… Des femmes, des hommes et des enfants qui ont tout quitté (leur maison, leur terre, leur famille, leurs racines…) pour sauver leur peau. On s’identifie si bien à eux que la lecture en devient trèèès difficile, on est en colère, on pleure, on rage !!! Ce roman dénonce également le manque total de réponses adaptées, tant au niveau national qu’international, aux problèmes tragiques que rencontrent ces populations mais aussi le non sens total, tant juridique, moral, humanitaire et j’en passe, que représentait la jungle de Calais. Bref, pour celles et ceux qui se posent des questions, lisez ce livre. C’est trèèès bien écrit, très bien documenté, très fouillé… Bref, c’est une vraie tuerie, un appel à la tolérance et à la solidarité !!!

Je bouquine

« Vernon Subutex » de Virginie Despente

couv53820998« QUI EST VERNON SUBUTEX ? Une légende urbaine. Un ange déchu. Un disparu qui ne cesse de resurgir. Le détenteur d’un secret. Le dernier témoin d’un monde disparu. L’ultime visage de notre comédie inhumaine. Notre fantôme à tous. »

Ce roman m’a été offert pour mon anniversaire (il y a de cela déjà quelques années…) par ma génialissime amie adorée qui, si elle passe par là, se reconnaîtra 😉 Et elle avait tapé dans le mille parce que Virginie Despentes est l’une de mes auteurs favoris notamment pour son formidable pamphlet féministe « King Kong théorie ». Si la trilogie Subutex ne vous tente pas c’est pas grave mais lisez « King Kong théorie » SVP !!! Cet essai ouvre tellement de réflexions sur la féminité, le viol, la prostitution, le féminisme… qu’il serait dommage de s’en passer !!!

Pour en revenir à ce cher Vernon, on retrouve ici LA plume de Despentes : son style est efficace, cynique, sans concession, percutant, j’en passe (je vous ai dit que je l’adorais ?!). Elle nous embarque dés le début dans les pas et les galères de Vernon Subutex, disquaire parisien, qui va doucement glisser vers la grande précarité. A travers cette déchéance, le parcours de Vernon fait écho à la fin d’une époque, au déclin de l’industrie de la musique, de la société et peut être de l’humanité et des liens que nous pouvons tisser les uns avec les autres ?! Car ce roman n’est pas seulement centré sur Vernon, c’est également une multitude de narrateurs et protagonistes qui vont croiser sa route. On dirait qu’à travers tous ces personnages, Despentes tend vers une forme d’universalité de son propos et dresse le portrait critique d’une société multiple : pauvres, homo/hétéro/trans, artistes, bourgeois, marginaux, drogués… tous pris en étaux dans les travers d’une société humaine qui périclite. Bref, j’ai adoré cette lecture riche de mille manières !!!

 

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« En attendant Bojangles » de Olivier Bourdeaut

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« Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères. Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom. »

Nouvelle bonne résolution pour ne pas augmenter (à défaut de réduire) ma PAL : je lis mes nouveaux achats livresques sans attendre !!! Eh, je suis pour l’instant trèèès fière de moi car je m’y tiens 🙂 et notamment avec ce livre !!! Cette lecture me tentait depuis longtemps (merci LGL) et j’attendais avec impatience sa sortie en poche. Comme souvent, la couverture d’origine a été changée mais celle-ci est vraiment pas mal et donne bien le ton. Car, cette histoire est originale, fantasque, surprenante… j’en passe. C’est un roman qui parle de folie mais surtout d’un amour fou avec beaucoup de brio. C’est bien écrit, l’histoire ne nous lâche pas et on se demande vite comment tout cela va bien pouvoir finir… On ne peut s’empêcher de penser à Boris Vian : une histoire quelque peu loufoque qui aborde derrière sa fantaisie de façade des sujets plus graves. Pour un premier roman c’est sacrément bien maîtrisé !!!