Je bouquine

« L’invitée » de Simon de Beauvoir

couv14445312« Je me sens coupable, dit-il. Je me suis reposé bêtement sur les bons sentiments que cette fille me porte, mais ce n’est pas d’une moche petite tentative de séduction qu’il s’agissait. Nous voulions bâtir un vrai trio, une vie à trois bien équilibrée où personne ne se serait sacrifié : c’était peut-être une gageure, mais au moins ça méritait d’être essayé ! Tandis que si Xavière se conduit comme une petite garce jalouse, si tu es une pauvre victime pendant que je m’amuse à faire le joli cœur, notre histoire devient ignoble. »

Il s’agit du 1er roman publié de Simon de Beauvoir et c’est également ma 1ère lecture de cette autrice incontournable… C’est aussi son 1er roman très largement inspiré de sa vie et plus précisément de son histoire d’amour avec Jean-Paul Sartre et Olga Kosakiewicz.

Nous suivons ici une année de la vie quotidienne de Françoise et Pierre, couple d’intellectuels parisiens. Françoise va prendre sous son aile Xavière, jeune provinciale, qui se rêve une vie palpitante à Paris. L’arrivée de cette « invitée » va bouleverser la vie du couple et surtout la vie de Françoise, l’image qu’elle se faisait de son amour avec Pierre, ses certitudes sur sa vie et sur elle-même… Au delà de l’histoire d’un « ménage à trois » c’est la complexité de l’expérience du sentiment amoureux et de la liberté dans le couple qu’explore l’autrice. Mais, si j’ai adoré la brillante plume de Simone de Beauvoir qui dépeint avec beaucoup de finesse et de réalisme les rapports et sentiments humains… ma lecture a toutefois été laborieuse à cause de l’horrible et détestable Xavière. Cette fille n’a rien pour elle : jalouse, haineuse, manipulatrice, menteuse, fière, orgueilleuse, lunatique. Elle va littéralement prendre ce couple en otage et les malmener au gré de ses humeurs et caprices. Voir ces deux « intellectuels » en adoration devant cette fille immature à l’égoïsme démesuré était extrêmement frustrant. Mais, l’histoire de fond reste selon moi l’émancipation et la construction de Françoise en tant qu’individu à part entière, libre de ses choix et de ses actes… La fin du roman est en cela parfaitement jouissive et clôture le récit de façon très surprenante et audacieuse.

Bref, ce roman reste une très bonne lecture et la découverte de la plume de Simone de Beauvoir est une expérience de lecture trèèèèès riche 🙂

 

Challenge FeminiBooks Challenge : Janvier / Découvrir une nouvelle autrice (que vous n’avez jamais lue). Livre 1/12

Bookclub de lecture de Emy / Janvier

Je bouquine·Je papote

Bilan de mes lectures / Février 2019

Ce début d’année est quelque peu laborieux. Je ne sais pas vous mais pour ma part je trouve que nous avons, sauf rares exceptions, des vies de tarés. En temps normal, entre le boulot, la vie de couple, la famille, les ami(e)s et j’en passe c’est déjà bien chargé mais quand s’y greffent quelques merdouilles… le précaire équilibre se casse littéralement la bibine et c’est la surcharge émotionnelle totale, le cour circuit du système, le bug intellectuel avec l’envie irrépressible de s’anesthésier les neurones… Non je ne fais pas l’apologie des formes d’échappatoires plus ou moins légales à notre portée 😉 j’explique un peu mon absence par ici et la petite panne de lecture de ces dernières semaines… je suis un peu en mode Mafalda qui déprime en ce moment…

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J’ai tout de même un peu lu et heureusement que les livres audio me sauvent la mise et me permettent un peu d’évasion durant mes longs trajets en bagnole qui pollue…

 

 

Petit bilan donc pour ce petit mois de février mais avec un gros coup de cœur pour « La vie devant soi » de Romain Gary ❤ et un autre énormissime coup de cœur pour la voix de Daniel Pennac… j’adorais l’auteur, j’idolâtre désormais la voix du conteur… Je traque sans relâche tout les romans audio de ce mec dont la voix me fait littéralement vibrer, je recommande +++

Je bouquine

« 2084 » de Boualem Sansal

couv30334415« L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions. Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion… »

J’écris cet avis quelques temps déjà après ma lecture dont je garde encore un souvenir très vivace notamment de l’ambiance si particulière dans laquelle nous plonge l’histoire. Ce roman est un hommage au magistral et visionnaire « 1984 » de George Orwell auquel Boualem Sansal fait de multiples clins d’œil et références. Il nous embarque dans la société ultra totalitaire de l’Abistan, dictature religieuse sous la soumission totale à Yölah (Dieu absolu) et régie par Abi son délégué (sorte de prophète centralisant tous les pouvoirs). On découvre au fil des pages toute la complexité de cette société à travers le personnage d’Ati, un pauvre bonhomme qui réintègre la société civile après des années passées au sanatorium pour grave maladie. Ati revient guéri de sa longue convalescence et c’est peu dire. Bien qu’il ne s’émancipe jamais totalement de son formatage, il émerge en lui des questionnements et le début d’une forme de liberté de pensée qui, peu à peu, va remettre en question les fondements de ses certitudes aveugles et de son asservissement. Ce cheminement ne se fera pas sans heurt et retranscrit très bien toute la difficulté de sortir des sentiers battus, d’aller à l’encontre de la pensée admise et imposée collectivement.

Malgré quelques longueurs, j’ai adoré cette lecture, la fine plume de l’auteur et bien sûr l’abilang… cette langue inspirée du nom d’Abi est géniale de simplicité tout en ayant une grande force d’évocation. Cette langue toute construite apporte une belle richesse sémantique au texte qui en est d’autant plus immersif. Texte qui dénonce sans jugement et avec beaucoup d’intelligence les dérives de certains régimes jusqu’à l’inconséquence la plus totale tant du système que du collectif et des individus. L’auteur propose ici un véritable pamphlet pour la liberté d’être et de penser. Bref, ce roman est un petit bijou !!!

 

cli7b Livre – 2/12

Je bouquine

« La vie devant soi » de Romain Gary

couv2975300« Histoire d’amour d’un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que « ça ne pardonne pas » et parce qu’il n’est « pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur ». Le petit garçon l’aidera à se cacher dans son « trou juif », elle n’ira pas mourir à l’hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré « des peuples à disposer d’eux-mêmes » qui n’est pas respecté par l’Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu’à ce qu’elle meure et même au-delà de la mort. »

J’écris cet avis à chaud encore la larme à l’œil, le cœur renversé et débordant d’amour pour ce roman qui est une tuerie intersidérale (et je pèse mes mots…).

C’est ma première lecture du grand Romain Gary que je tardais à découvrir je ne sais pas trop pourquoi, par peur d’être déçue peut être au vu de la réputation du bonhomme… Bref, la dite réputation n’est pas volée… ce mec manie le langage et la sémantique d’une si belle manière, c’est un vrai régal !!! Et que dire des mots prêtés au jeune Momo (héros et narrateur du roman élevé depuis ses 3 ans par Madame Rosa, ancienne prostituée). Ce personnage est tellement attachant : sa sensibilité exacerbée, sa maturité, son histoire, son cheminement, son amour et sa fidélité indéfectible pour sa Madame Rosa qu’il aime « même quand elle ne respire plus ».

Le résumé ci-dessus est assez réducteur et pas du tout révélateur de la richesse, de l’humour, de la vie débordante qu’on trouve dans ce roman. On ne tombe jamais dans le misérabilisme ou le pathos. La maladie, la mort, la prostitution, l’abandon sont abordés avec beaucoup de simplicité, d’humanité et sans jugement. En toile de fond, ce roman soulève toutefois une vraie question de société : pourquoi « enfoncer la vie dans la gorge de ceux qui ne veulent plus s’en servir ». Avec son regard d’enfant plus si jeune, Momo pose un regard critique sur le sens des règles qui régentent la vie.

Bref, j’ai adoré ce roman pour ses personnages, son message, son humour parfois noir, son univers décalé aux personnages bigarrés, marginaux et surtout cet amour fou et merveilleux entre cette vieille juive et ce jeune musulman, entre cette Madame Rosa en kimono et ce petit Momo philosophe. Gros coup de cœur ❤ ❤ ❤

Je bouquine

Bilan de mes lectures / Janvier 2019

Je reprends ce petit rendez-vous bilan de mes lectures mensuelles (pas sûre du tout de m’y tenir… nous verrons ça !!!).

Ce début d’année livresque était trèèès sympa. Je continue sur ma lancée avec les livres audio qui sont décidément un format que j’affectionne de plus en plus. Une bonne façon de mettre à profit mes trajets quotidiens et d’avoir mon cota de « lecture » 😉 J’avais quelques réserves mais suis désormais plus que conquise. Les livres audios sont assez chers mais on en trouve désormais en médiathèque !!! Seul bémol : je risque d’écou(l/t)er le stock de mes 3 bibliothèques bien trop rapidement… Bref, je recommande +++

Je bouquine

« Mercy Thompson, tome 1 : L’appel de la lune » de Patricia Briggs

couv43744331 » Les loups-garous peuvent être dangereux si vous vous mettez en travers de leur chemin. Ils ont un talent extraordinaire pour dissimuler leur véritable nature aux yeux des humains. Mais moi, je ne suis pas tout à fait humaine.  »
En effet, Mercy Thompson n’est pas une fille des plus banales. Mécanicienne dans le Montana, c’est une dure à cuire qui n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis et à sortir les griffes quand le danger frappe à sa porte. Mais ce n’est pas tout : son voisin très sexy est le chef de meute d’une bande de loups-garous, le minibus qu’elle bricole en ce moment appartient à un vampire, et la vieille dame très digne qui lui rend visite vient jeter des sorts sur son garage. Au cœur de ce monde des créatures de la nuit, Mercy se trouve mêlée à une délicate affaire de meurtre et d’enlèvement… »

Je commence tout doucement à lire de la Bit-lit et je dois dire que c’est vraiment sympa en alternance avec des lectures « plus exigeantes » (pas d’élitisme de ma part ! vous captez l’idée !!!). Les histoires de vampires, de loups garous et autres récits fantastiques ont quelque peu habités mes années d’adolescente (merci Buffy 😉 ) et je me replonge toujours dans ce genre d’univers avec une certaine nostalgie…

L’histoire ici est assez originale et servie par toute une mythologie et cosmogonie bien étayées et fournies. On suit les péripéties de Mercy, mécanicienne de métier (point appréciable), vivant dans une bourgade paumée où les choses vont très vite déraper. A travers elle, nous découvrons tout une société de l’ombre où loups, Faës et autres créatures cohabitent plus ou moins bien. On en apprend déjà pas mal dans ce 1er tome notamment sur le monde des loups garous et leur nature. Celle de Mercy reste par ailleurs un mystère, ce qui laisse présager de bonnes surprises dans les prochains tomes. Sans compter, le triangle amoureux dont les bases sont bien posées ici (je ne suis contre un peu de romance parfois !!!).

Bref, ce 1er tome est assez prometteur. L’écriture est très agréable et fluide, l’intrigue se tient (malgré quelques couacs dans la traduction). J’ai passé un bon moment de lecture et vais trèèès certainement me tenter la suite 😉

cli7b Livre – 1/12

Je bouquine

« Modèle vivant » de Joann Sfar

couv7462923.jpg« C’est l’histoire d’un professeur de dessin qui s’appelle Joann Sfar. La direction des Beaux-Arts le réveille aux aurores afin de régler le problème du harcèlement sexuel à l’école. Rien que ça ?
C’est l’histoire d’une époque qui ne veut plus qu’on la représente. Les modèles se révoltent, vous arrachent les pinceaux des mains et vous disent : je vais le faire moi-même, mon portrait. »

Je ne pouvais pas ne pas parler de ce roman !!! Pour celles et ceux qui ne remettraient pas l’auteur, Joann Sfar c’est le mec qui se cache derrière la série « Le chat du Rabbin », Bd qu’on ne présente plus. Et, pour celles et ceux qui n’auraient jamais lu du Joann Sfar… l’expérience de lecture ne peut laisser indifférent(e). Pour ma part, j’adore cet auteur prolifique à l’univers bouillonnant. Et, j’avoue que ça fait toujours du bien de s’immerger dans l’univers et l’écriture d’une personne encore plus névrosée que soi (aucun jugement péjoratif de ma part !!!). Bref, ce cher Joann nous propose ici un témoignage tout personnel autour d’un thème ô combien d’actualité : le harcèlement (dénoncé et condamné dans ces pages). Il en questionne notamment les dérives dans nos relations sociales et les limites que cette épineuse question induit dans notre représentation de la réalité (des personnes notamment dans le dessin et la littérature) avec les contraintes d’une société de plus en plus judiciarisée et quelque peu ambivalente. Un gros problème pour un auteur comme lui qui écrit et dessine sa réalité et, à travers elle, ouvre une fenêtre sur les personnes présentes dans sa vie. Cela donne à son travail une note d’authenticité et de grande sincérité mais cela lui a aussi valu quelques embêtements. Bref, il y aurait encore beaucoup à dire sur ce roman trèèès trèèèès riche qui vaut vraiiiiment le détour !!! 😉